La dépression saisonnière

 

Comment reconnaître la dépression saisonnière ?

Le trouble affectif saisonnier (TAS) partage avec la dépression une présentation clinique assez proche : tristesse de l’humeur, apparition d’idées noires, ralentissement, perte d’envie et de volonté, difficulté à prendre des décisions, perte du plaisir. Les pensées suicidaires peuvent également être présentes lors d’un épisode dépressif saisonnier mais avec une moindre fréquence et de façon moins intense. Si classiquement on retrouve une perte d’appétit avec perte de poids et une diminution significative de la durée du sommeil, la dépression saisonnière est marquée au contraire par une augmentation de l’appétit avec en particulier une appétence pour le sucre, une augmentation du poids ainsi qu’une tendance à passer beaucoup plus de temps au fond de son lit qu’à l’accoutumée.1

Mais ce qui permet de faire le diagnostic de dépression saisonnière c’est surtout l’évolution saisonnière des troubles. Les premiers symptômes apparaissent généralement  quand la durée d’ensoleillement quotidienne commence à se réduire, que l’aube est plus tardive et le coucher du soleil plus précoce. Le mauvais temps ne fait qu’accélérer le processus et l’épisode dépressif s’installera alors rapidement. Dès le printemps la tristesse va s’amender et le cortège des symptômes de la dépression cesse.2

 

Est-ce une maladie fréquente ?

 ” Oui,  fréquente et sous-diagnostiquée.”

La majorité des personnes qui en souffrent sont au mieux prises en charge pour un épisode dépressif sans tenir compte de ce caractère saisonnier ou au pire elles traversent automne et hiver en traînant leur peine et souffrant sans la moindre prise en charge médicale ou psychologique.

Dans une étude menée auprès de médecins généralistes de Limoges et son agglomération, nous avons retrouvé qu’environ une personne sur sept qui consultait un médecin généraliste au cours de l’hiver, quel qu’en soit le motif,  présentait un trouble affectif saisonnier. On estime qu’en France plus de 500 000 personnes pourraient présenter chaque année un trouble affectif saisonnier.4

A noter que la fréquence du TAS augmente avec la latitude. Ainsi les Lillois seront plus touchés que les Marseillais et on estime que la dépression saisonnière et sa forme modérée, le blues de l’hiver, pourraient toucher près d’une personne sur deux dans certaines zones du Canada ou des pays scandinaves.7

 

 Quelles sont les causes de ce trouble ?

 La dépression saisonnière est une maladie circadienne, c’est-à-dire qu’elle serait liée à un dysfonctionnement de notre horloge biologique interne ou plus précisément à une incapacité de celle-ci à se recadrer avec les changements de l’alternance jour/nuit à l’arrivée de l’automne.

L’être humain doit en permanence synchroniser ses rythmes circadiens propres avec les synchroniseurs externes dont le principal est l’alternance jour/nuit. Le centre névralgique de notre horloge interne se situe dans une petite zone de notre cerveau : le noyau supra-chiasmatique de l’hypothalamus. C’est lui qui informe une autre structure cérébrale, la glande pinéale, que le soleil s’est couché et qu’elle peut fabriquer la mélatonine, neuro-hormone qui transmet l’information circadienne à travers le cerveau et à l’ensemble de notre corps.  L’apparition de la dépression saisonnière serait ainsi due à un dysfonctionnement du noyau supra-chiasmatique, à l’origine d’une sécrétion trop précoce de mélatonine et donc d’un décalage de rythme entre notre horloge interne et le monde environnant. 3

 

Comment se soigner ?

Comme tout épisode dépressif, le TAS peut être traité de façon efficace par les antidépresseurs. Ce n’est cependant pas le traitement le plus efficace de ce trouble et nous possédons une arme redoutablement efficace pour la combattre : la luminothérapie.

Si la luminothérapie est aussi efficace sur ce trouble c’est parce qu’elle agit directement sur l’horloge biologique interne en corrigeant le décalage du rythme de sécrétion nocturne de la mélatonine.

Pour soigner la dépression saisonnière il est nécessaire de respecter certains paramètres d’utilisation en s’exposant quotidiennement à une intensité lumineuse de 10000 lux pendant trente minutes au moins. Les lampes que nous utilisons tous à notre domicile ou sur notre lieu de travail n’excédant pas quelques centaines de lux, on comprendra la spécificité d’une lampe de luminothérapie. L’exposition se fera strictement à la même heure et le plus tôt possible le matin.5

Si les nord-américains recommandent de s’exposer tout l’hiver, nous préférons en Europe et donc en France utiliser une cure courte de deux semaines d’exposition quotidienne. Plusieurs études européennes ont d’ailleurs montré que seule une très faible minorité de patients dépressifs saisonniers rechutaient au cours de l’hiver après un traitement de deux semaines.6

Si le traitement s’est avéré efficace, il sera possible de faire une nouvelle cure chaque année dès l’arrivée des premiers prodromes de la maladie.

 

 

Article rédigé par le Dr Eric Charles

Psychiatre

 

 

 

Références :

  1. ROSENTHAL NE, SACK DA, GILLIN JC et al. Seasonal affective disorder. A description of the syndrome and preliminary findings with light therapy. Arch Gen Psychiatry 1984; 41:72-80. 
  2. PARTONEN T, LONNQVIST J. Seasonal affective disorder. Lancet 1998; 352:1369-1374.
  3. LEE TM, Blashko CA, Janzen HL et al. Pathophysiological mechanism of seasonal affective disorder. J Affect Disorder 1997; 46:25-38.
  4. CHARLES E. A chacun son rythme. Paris, Ed. First. 2015 ; 108 p.
  5. LAM RW, Tam EM. A clinician’s guide to using Light Therapy. Cambridge university press, 2009; 157 p.
  6. LAM RW, LEVITT JL. Canadian consensus guidelines of seasonal affective disorder. Clin Acad Publish, 2000; 160 p.
  7. Haffen E, Sechter D. Les dépressions saisonnières. Montrouge, John Libbey-Eurotext, 2006, 198 p.