FAQ

Dépression et antidépresseurs par Dr Florian Ferreri

  • Pourquoi faut-il se soigner sans attendre ?

    « UN OBJECTIF : S’EN SORTIR RAPIDEMENT »

    La dépression est une vraie maladie qui affecte le cerveau, nécessitant une prise en charge thérapeutique. Un épisode dépressif peut parfois évoluer naturellement vers la guérison. Mais la durée, la sévérité et les conséquences de la dépression sont plus importantes en l’absence d’une prise en charge adaptée :
    Se soigner, c’est traiter la grande souffrance qu’entrainent les symptômes dépressifs mais également limiter les conséquences de la maladie dépressive. Les « dommages » associés sont parfois plus difficiles à supporter que les symptômes dépressifs eux même :

    •  Le retentissement social : la dépression isole. Les problèmes relationnels au travail et à la maison sont plus fréquents. Les difficultés professionnelles et la baisse des revenus sont classiques.
    • Les conduites addictives : conséquences d’une automédication par des substances « apaisantes » – alcool, cannabis ou utilisation anarchique d’anxiolytiques – qui soulagent à court terme. A moyen et long terme ces mésusages de produits aggravent le problème dépressif.
    • Les conséquences sur l’organisme : la dépression augmente les maladies cardiovasculaires (hypertension, inactivité…). Le retentissement du manque de sommeil peut également être important : surpoids, mésusage des substances psychoactives (surtout alcool et tabac) …  La morbidité (risque de maladie) globale augmente chez les personnes souffrant de dépression.

     

    Références :

    • American Psychiatric Association. DSM-5: diagnostic and statistical manual of mental
      disorders. Washington D.C: American Psychiatric Association 2013
    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob 2012.

  • Quelles sont les causes de la dépression ?

    Les origines précises de la dépression ne sont pas connues. On sait qu’il existe des facteurs biologiques et des facteurs liés à l’environnement actuel et passé :

    • Les facteurs biologiques et la vulnérabilité génétique s’illustrent par la constatation que la dépression est plus fréquente dans certaines familles. On suspecte certains gènes, notamment ceux impliqués dans le transport de la sérotonine (une hormone en quantité insuffisante dans la dépression). D’autres facteurs biologiques propres à chaque individu tels que les changements hormonaux sont également en cause.
    • Les événements de vie stressants (affectifs, relationnels, émotionnels et traumatiques). La perte d’un être cher, des problèmes financiers, une maladie ou encore une agression peuvent favoriser la survenue d’une dépression. Les stress survenus dans l’enfance ont un rôle non négligeable dans la survenue à l’âge adulte d’un épisode dépressif.
      Cette double composante biologique et psychopathologique explique que la prise en charge des maladies dépressives associe souvent des médicaments antidépresseurs (action sur la biologie) et une psychothérapie (travail sur les évènements de vie).

     

    Référence :

    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob
      2012.

  • Pourquoi la dépression est-elle plus fréquente chez les femmes ?

    Tout le monde, et à tout âge, peut souffrir d’une dépression. La dépression est, cependant, 2 fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.

    Nous connaissons partiellement les raisons de cette différence. Une des causes est hormonale. En effet, la dépression est plus fréquente à la puberté, après un accouchement ou encore à la ménopause. Ce sont des moments où les femmes subissent des fluctuations hormonales importantes.

    Un autre facteur identifié est le stress du quotidien chez les femmes. Les femmes assument souvent une plus grande « charge mentale » que les hommes. Celle-ci génère plus de préoccupations au quotidien concernant l’éducation, le logement ou la gestion du budget.

    Enfin, les femmes sont plus fréquemment victimes d’agressions.

     

    Références :

    • Altemus M, Sarvaiya N, Neill Epperson C. Sex differences in anxiety and depression
      clinical perspectives. Front Neuroendocrinol. 2014 Aug;35(3):320-30. doi: 10.1016/j. yfrne.2014.05.004. Epub 2014 Jun 2. Review. PubMed PMID: 24887405; PubMed Central PMCID: PMC4890708.
    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob 2012.

  • Peut-on déprimer « sans raison » … alors que « tout va bien » ?

    Le plus souvent, on retrouve un facteur déclenchant, une situation stressante, qui provoque une dépression. Ceci est particulièrement vrai lors des premiers épisodes. Au fil de l’évolution de la maladie dépressive chez un individu, on observe l’expression d’une vulnérabilité. Ainsi, les événements déclenchants l’épisode dépressif seront de plus en plus anecdotiques voire inexistants. Ce phénomène de sensibilisation s’appelle le « kindling », d’où l’importance de bien se soigner dès les premiers épisodes.

    Référence:

    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob 2012.

  • Que puis-je faire en plus des traitements prescrits ?

    « JE SUIS MON MEILLEUR ATOUT !»
    Vous êtes le premier acteur de la guérison, vous êtes co-thérapeute. Cette mobilisation peut prendre différentes formes en fonction du stade de la maladie. Si la dépression est sévère, vous aurez peu d’énergie à mobiliser. La première action est de prendre conscience qu’il s’agit d’une vraie maladie, que vous allez avoir besoin d’aide pour vous en sortir et qu’il est nécessaire d’adhérer aux soins.

    Cela passe par :

    • la reconnaissance des symptômes,
    • la compréhension de l’intérêt et du fonctionnement des médicaments,
    • la participation au choix des traitements.

     

    Ensuite, viennent s’associer des mesures indispensables centrées sur une alimentation équilibrée, une mobilisation physique régulière et une bonne hygiène de sommeil.

     

  • Le manque de sommeil peut-il être la cause de ma dépression ?

    Le seul manque de sommeil n’est généralement pas responsable d’un épisode dépressif. Un déficit de sommeil peut fragiliser le bien être psychologique et s’accompagner d’une fatigue intellectuelle. Les difficultés d’endormissement ou les nuits non réparatrices peuvent être en lien avec des pensées négatives ou un niveau d’anxiété délétère, qui favorisent la dépression.

    Enfin, on peut retenir que difficultés d’endormissement, réveils en pleine nuit et insomnie matinale sont des signes qui doivent faire rechercher une dépression sous-jacente.

     

    Référence:

    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob 2012.

  • Faut-il choisir entre psychothérapie et antidépresseurs ?

    La bataille pour sortir d’une dépression est suffisamment compliquée pour ne pas opposer des stratégies validées. Antidépresseurs et psychothérapies sont utiles et seront le plus souvent associés.
    Les traitements antidépresseurs sont recommandés dès lors que la dépression est d’intensité modérée ; c’est-à-dire qu’elle impacte votre quotidien.

    Références:

    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob
      2012.
    • HAS. Recommandation de bonne pratique – Episode dépressif caractérisé de l’adulte :
      prise en charge en soins de premiers recours – Méthode Recommandations pour la
      pratique clinique – Texte des recommandations – Octobre 2017

  • Quelle est la différence entre les anxiolytiques et les antidépresseurs ?

    Les antidépresseurs et les anxiolytiques sont des psychotropes. Ils agissent sur le cerveau mais différemment.
    Les anxiolytiques sont des «calmants». Ils diminuent l’anxiété. Ils contrôlent rapidement et efficacement les symptômes anxieux. Mais ils n’agissent pas sur la cause. L’organisme développe rapidement une tolérance avec l’obligation d’augmenter les doses pour maintenir l’effet. Pour ces raisons, ce sont des médicaments prescrits généralement pour un usage ponctuel. Souvent en début de traitement, le temps que le traitement antidépresseur soit efficace.
    Les antidépresseurs ont une action plus spécifique, sur le fond du déséquilibre cérébral (action sur les neuromédiateurs). Ils mettent du temps, au moins 2 semaines, avant d’agir mais l’organisme ne développe pas de tolérance et le risque de dépendance est minime.

    Référence:

    • Bourla A, Ferreri F. 100 ordonnances en psychiatrie et en pédopsychiatrie. Maloine.
      Paris. 2ème édition 2018.

  • Pourquoi mon médecin me prescrit des anxiolytiques en plus des antidépresseurs ?

    Lorsque l’on souffre d’une dépression cela s’accompagne très souvent de manifestations anxieuses. On rumine, on est tendu, crispé, inconfortable dans son corps et parfois douloureux. Les traitements antidépresseurs agissent sur ces manifestations mais avec un délai d’au moins 15 jours. Les anxiolytiques, actifs d’emblée, permettent de sentir un soulagement rapide mais ponctuel dans l’attente de l’efficacité des antidépresseurs. Dès que les antidépresseurs sont efficaces, les anxiolytiques seront arrêtés progressivement sur l’avis du médecin. Bien que très fréquente, l’association antidépresseur/anxiolytique n’est pas une obligation.

    Références:

    • Bourla A, Ferreri F. 100 ordonnances en psychiatrie et en pédopsychiatrie. Maloine.
      Paris. 2ème édition 2018.
    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob
      2012.

  • Comment les antidépresseurs agissent-ils ?

    Le bon fonctionnement du cerveau repose sur des molécules appelées neuromédiateurs, tels que la sérotonine, noradrénaline et dopamine.

    Dans la dépression, ces neuromédiateurs sont en quantité insuffisante.

    L’objectif des antidépresseurs serait donc de mieux utiliser les stocks disponibles, le plus souvent en freinant leur dégradation. Les antidépresseurs n’apportent pas de neuromédiateurs artificiels.

     

    Références:

    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob 2012.
    • Malhi GS, Mann JJ. Depression. Lancet. 2018 Nov 24;392(10161):2299-2312. doi:
      10.1016/S0140-6736(18)31948-2. Epub 2018 Nov 2. Review. PubMed PMID: 30396512
    • Tritschler L, Gaillard R, Gardier AM, David DJ, Guilloux JP. [Consequences of the
      monoaminergic systems cross-talk in the antidepressant activity]. Encephale. 2018
      Jun;44(3):264-273. doi: 10.1016/j.encep.2018.05.001. Epub 2018 May 22. Review.French. PubMed PMID: 29801770.

  • Comment les antidépresseurs régulent-ils le fonctionnement cérébral ? Quel est leur impact sur les neuromédiateurs ?

    Nous ne comprenons pas encore tous les dysfonctionnements biologiques à
    l’origine de la dépression. La baisse d’activité des 3 principaux systèmes de neuromédiateurs, sérotonine, noradrénaline et dopamine est l’hypothèse la plus documentée. Lorsque ces systèmes sont perturbés chez une personne, elle éprouve des difficultés à gérer son humeur, ses émotions et les grandes fonctions instinctuelles sont déréglées (sommeil, appétit, sexualité). L’objectif des antidépresseurs serait de rétablir l’activité de l’ensemble de ces neuromédiateurs pour libérer le sujet
    des symptômes dépressifs.

    Référence:

    • Tritschler L, Gaillard R, Gardier AM, David DJ, Guilloux JP. [Consequences of the
      monoaminergic systems cross-talk in the antidepressant activity]. Encephale. 2018
      Jun;44(3):264-273. doi: 10.1016/j.encep.2018.05.001. Epub 2018 May 22. Review.French. PubMed PMID: 29801770.

  • Comment mon médecin choisit-il mon antidépresseur parmi tous ceux disponibles ?

    Votre médecin utilise des médicaments qui ont une autorisation de mise sur le marché pour traiter les épisodes dépressifs. Les molécules ont une efficacité globalement comparable. Elles se différencient par leur tolérance, leur maniabilité (nombre de prises) et certains effets spécifiques. Par exemple, certains antidépresseurs sont stimulants, d’autres sont sédatifs alors que certains ont un profil plus neutre.
    Si vous avez déjà eu un antidépresseur qui a été efficace par le passé, cela pourra inciter votre médecin à renouveler la même prescription.
    De plus, si vous avez d’autres pathologies (hypertension, diabète), d’autres traitements ou encore un projet de grossesse cela oriente également la décision.

     

    Références :

    • Bourla A, Ferreri F. 100 ordonnances en psychiatrie et en pédopsychiatrie. Maloine.
      Paris. 2ème édition 2018
    • HAS. Recommandation de bonne pratique – Episode dépressif caractérisé de l’adulte :
      prise en charge en soins de premiers recours – Méthode Recommandations pour la pratique clinique – Texte des recommandations – Octobre 2017
    • Serretti A. The Present and Future of Precision Medicine in Psychiatry: Focus on Clinical Psychopharmacology of Antidepressants. Clin Psychopharmacol Neurosci. 2018 Feb 28;16(1):1-6. doi: 10.9758/cpn.2018.16.1.1. Review.

  • Comment puis-je être impliqué dans le choix de mon antidépresseur ?

    Plusieurs options peuvent vous être proposées. Il est primordial de choisir avec votre médecin le meilleur compromis entre l’efficacité et la tolérance. Votre médecin vous présentera les avantages et les inconvénients de chaque molécule. Un traitement bien toléré par une personne ne le sera pas forcement pour une autre.

     

    Références :

    • Bourla A, Ferreri F. 100 ordonnances en psychiatrie et en pédopsychiatrie. Maloine.
      Paris. 2ème édition 2018.
    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob 2012.
    • HAS. Recommandation de bonne pratique – Episode dépressif caractérisé de l’adulte : prise en charge en soins de premiers recours – Méthode Recommandations pour la pratique clinique – Texte des recommandations – Octobre 2017

  • Est-ce que je peux consommer de l'alcool si je prends des antidépresseurs ?

    D’une manière générale les médicaments et l’alcool ne font pas bon ménage. Pour les antidépresseurs, les risques sont la diminution de l’efficacité du traitement
    antidépresseur et la majoration des effets indésirables de l’alcool.
    En pratique, les antidépresseurs sont pris sur plusieurs mois et des opportunités de consommer peuvent se présenter. Si ces consommations ne peuvent être
    évitées, il convient de limiter les occasions, les excès et de ne pas conduire de véhicule. Les effets de l’alcool sur la baisse de la vigilance peuvent être majorés.

     

    Référence :

    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob
      2012.

  • Les antidépresseurs vont-ils perturber ma sexualité ?

    Ce qui perturbe le plus la sexualité c’est la dépression elle-même ! Ceci étant dit, les antidépresseurs peuvent avoir un impact négatif sur la sexualité.
    Chez les hommes, cela se manifeste surtout par un retard à l’éjaculation et parfois par des problèmes d’érection. Chez les femmes, l’orgasme retardé ou absent est possible. La baisse de la libido est moins fréquente. Le traitement devant se prendre sur plusieurs mois, ce problème doit être discuté rapidement avec votre médecin. Un changement de dose ou de traitement permet en général de trouver une solution.

     

    Références:

    • Bourla A, Ferreri F. 100 ordonnances en psychiatrie et en pédopsychiatrie. Maloine. Paris. 2ème édition 2018.
    • Ferreri F. La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir. Paris: Odile Jacob 2012.

  • J’ai peur que les antidépresseurs m'endorment, me "shootent".

    Parmi les antidépresseurs les plus utilisés en France, certains sont plutôt stimulants, d’autres sont plutôt sédatifs, d’autres ont un profil plus neutre. Votre médecin choisira l’antidépresseur en fonction de vos symptômes.La tolérance des traitements est variable d’une personne à l’autre. Si vous vous sentez endormi(e) et que cela n’est pas dû à la dépression elle-même, il sera nécessaire de revoir, avec votre médecin, la dose ou de changer de traitement pour une molécule moins sédative.

    Certaines personnes, alors qu’elles ne sont plus déprimées, peuvent avoir l’impression de moins ressentir certaines émotions, voire d’être un peu «déconnectées». Le traitement devant être poursuivi plusieurs mois, il est souvent préférable de changer de traitement.

    Référence :

    • Bourla A, Ferreri F. 100 ordonnances en psychiatrie et en pédopsychiatrie. Maloine. Paris. 2ème édition 2018.